Histor.IA : Écrire Napoléon
Retour, réflexion et rebond sur ma tentative d'histoire contre-factuelle de 2024
J’ai publié en automne 2024 un livre qui me tenait à cœur : que se serait-il passé si Napoléon, au lieu de se ruer vers Sainte-Hélène via Golfe-Juan et Waterloo, était resté sur l’île minuscule dont la dérisoire souveraineté lui avait été garantie?
Que serait-il passé si, tout en se donnant les moyens de se protéger, de dénouer les noeuds coulants que les Alliés de 1814 avaient placés autour de son cou, il avait puisé dans son seul génie politique les moyens de continuer de peser sur l’histoire ?
Vaste question. Pour tenter d’y répondre, il m’ a fallu d’abord trouver pour lui une stratégie réaliste et crédible pour enlever lesdits noeuds coulants : pas seulement rêver romanesquement à ce qu’il aurait pu faire une fois sa position sécurisée, mais lui fournir un moyen de mettre un coup de pied dans l’essaim sans se faire piquer, de retourner l’opinion, de se faire payer ce que le Traité lui avait garanti, et quelques autres problèmes concrets non négligeables.
Pourquoi n’ai-je pas demandé à l’IA de le faire pour moi ?
Parce que lorsque j’ai commencé la rédaction, cela n’était pas si mainstream. Et puis cela aurait été moins amusant : fait-on résoudre des mots croisés ou remettre en ordre son Rubik’s cube en quelques secondes par une machine ?
Il m’est apparu bien plus instructif d’interroger l’IA après coup, et de comparer.
Je publierai au début de janvier 2026 Histor.IA ; Comment aucun Chat n’a écrit mon livre.
Prenant au mot leur nom d’Intelligences artificielles et puisque – selon Bergson – la fonction essentielle de l’intelligence est de « démêler, dans des circonstances quelconques, le moyen de se tirer d’affaire », j’ai mis Grok, Mistral, ChatGPT et DeepSeek à l’épreuve pour aider Napoléon (ou moi!) à développer une autre stratégie, qui ressemble à Napoléon mais lui évite les pièges dans lesquels il est tombé en 1815.
D’ici là je vous propose ici ce qui ne figurera pas dans ce nouveau livre : une plongée dans l’expérience d’écriture.
Voici la première partie d’un long entretien avec mon ami le Faune, animateur de Faune Radio, grand connaisseur du monde des jeux vidéos, du Bitcoin et du cinema (avec un tropisme particulier vers celui de Lars von Trier).
Nous y abordons surtout (avec sur la fin le concours d’un Bourbon agnatique !) les aspects et les personnages historiques ( Napoléon et les autres), tout ce qui est évoqué, démoli ou reconstruit par mon récit.
La seconde partie, littéraire, est plus axée sur ma façon d’aborder l’acte d’écrire ce qui n’est ni un roman ni un livre d’Histoire, de me situer entre roman uchronique et histoire contre-factuelle comme entre les innombrables sous-genres (SF, rétrofuturisme, steampunk etc.) d’un genre que les historiens ont toujours officiellement snobé tout en en goûtant parfois les joies à l’occasion d’un petit paragraphe par-ci par-là. J’y évoque aussi mes sentiments personnels devant la dimension sacrificielle d’ une entreprise démiurgique, qui consistait aussi à retirer de magnifiques pages de l’histoire comme de la littérature française du 19ème siècle. Une œuvre d’art impie ?

